Stendhal et la franc-maçonnerie

Cet article a pour but de mettre en avant un chapitre important de la vie de Stendhal assez peu connu à mon goût. Beaucoup d’entre vous connaissent certainement Benjamin Franklin, La Fayette, Alphonse de Lamartine ou même Voltaire, mais connaissez-vous le point commun qui les lie ? Ils ont tous été francs-maçons… saviez-vous que Stendhal l’était lui aussi ?

Il a été initié le 3 août 1806 à la loge Sainte-Caroline du Grand Orient au rite écossais ancien et accepté (voir l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie chez Poche), il était alors âgé de vingt-trois ans.

Pourquoi Stendhal est-il devenu franc-maçon ? Peut-être a t’il été influencé par son cousin Pierre Daru lui aussi initié (même si nous savons que Stendhal n’était pas homme à se laisser influencer), ou alors peut-être a t’il voulu faire comme l’un de ses héros personnels, Napoléon Bonaparte qui aurait été franc-maçon durant sa jeunesse. Il est important de préciser que sous l’Empire, la franc-maçonnerie était omniprésente, plus de 1200 loges en 1814.

Pour ceux qui ont lu « Le Rouge et le Noir » ainsi que « La Chartreuse de Parme », cet âge de vingt-trois ans devrait vous mettre la puce à l’oreille ! En effet, nos héros Julien Sorel et Fabrice Del Dongo avaient tous deux le même âge, l’âge de Stendhal lors de son rite initiatique.

« La Chartreuse de Parme » serait une sorte d’hommage que Stendhal aurait rendu à la franc-maçonnerie. Ce roman est composé de vingt-huit chapitres dont les vingt-deux premiers ont une relation avec les vingt-deux arcanes du tarot marseillais qui était un emblème maçonnique déjà très présent dans la franc-maçonnerie des Lumières.

C’est aussi dans ce même roman qu’apparaît pour la première fois la célèbre citation « To the happy few » souvent interprétée comme une adresse aux lecteurs des années 1930 qui liront et comprendront son œuvre. Et si cette citation était destinée aux heureux et rares initiés de la franc-maçonnerie plutôt qu’à de futurs lecteurs inconnus ?

Victor Del Litto dira au sujet de Stendhal et de son statut de franc-maçon :

Quand Stendhal a été reçu franc-maçon en 1806, il ne semble pas avoir accordé une grande importance à la chose et il n’inspira guère confiance puisqu’il ne put passer des ordres mineurs aux grades supérieurs. En fait, il s’intéressa aux symboles francs-maçonniques qu’à Milan et qu’à travers le carbonarisme.

D’après les recherches de Dieter Diefenbach, Stendhal chercherait à placer la date de son initiation un peu partout dans son œuvre, comme par exemple lorsque Fabrice entre à la tour Farnèse un 3 août. Dieter pousse l’analyse à son maximum en indiquant que le pseudonyme « Stendhal » serait un cryptogramme de la date d’initiation d’Henri Beyle allant jusqu’à utiliser l’alphabet alla Monaca (inventé par Beyle) indiqué au chapitre XX pour démontrer ses dires.

Démonstration

123456789
ABCDEFGHI
JKLMNOPQR
STUVWXYZ

S + T + E + N + D + H + A + L = 1 + 2 + 5 + 5 + 4 + 8 + 1 + 3 = 29 = 2 + 9 = 11

On obtient comme résultat le nombre 11 soit l’addition des chiffres du jour et du mois de son initiation, le 3 août, ce qui donne : 3 + 8 = 11

Pierre Alain Bergher, auteur du livre « Les mystères de La Chartreuse de Parme ; Les arcanes de l’art » arrive par son analyse de l’œuvre stendhalienne et son étude des travaux de Dieter Diefenbach à mettre en place tout un « dossier » qui nous démontre que la franc-maçonnerie avait bien plus d’importance pour Stendhal que semblait le penser Victor Del Litto. L’ouvrage de Pierre Alain Bergher est passionnant, il nous montre la présence de certains symboles maçonniques à des endroits ou nous ne les attendions pas, des dates, des lieux, des situations qui révèlent comment s’est déroulé le rite initiatique de Stendhal, etc…

Pour les heureux possesseurs (que je ne suis pas) du numéro 25 du Stendhal Club paru en 1964, la présence de la franc-maçonnerie dans la littérature stendhalienne y est abordée.